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XPro 2 / XT-20 : les v.2 de Fuji

Comme je le disais dans un edit de mon billet technique sur ma photographie au XPro1, deux appareils sont venus compléter l’équipement Fuji : un XT-20, tout d’abord, il y a un peu plus d’un an. Puis le XPro2, il y a six mois. Les deux appareils viennent de deux lignées différentes : Le XPro2, qui fait suite au XPro1, est de la famille des « rangefinder », comme les X100. Le XT-20 est le petit frère du XT-2, et va chercher son inspiration du côté des réflex (œilleton central, pas de viseur optique …). S’orienter vers l’un ou vers l’autre, c’est une affaire de goût.

Vue du XPro2 et du XT-20 côte à côte
Alors pourquoi les deux ?

J’ai assez lourdement insisté sur le coup de cœur qu’avait constitué le XPro1 : le XPro2 transforme l’essai. Autofocus beaucoup plus rapide et beaucoup plus efficace, nouveau capteur (je ne suis pas du genre à chercher à avoir toujours plus de pixels, mais un léger recadrage est parfois nécessaire, surtout en commande), viseur optique doublé d’un système de mise au point manuelle « presque-comme-un-leica », au prix d’un léger embonpoint mais aussi d’une meilleure prise en main. Le logement pour les cartes SD (on passe à deux cartes) passe sur le côté de l’appareil : plus pratique pour accéder aux cartes quand l’appareil est sur pied, parce que ça arrive.

XPro1 avec 35mm et XPro2 avec le 12mm 1:2,8 de 7artisans

Quelques surprises à l’intérieur : la connexion WIFI, pratique pour commander l’appareil de son smartphone ou télécharger des previews, ou un intervallomètre (pour les adeptes du timelapse). La sensibilité ISO qui se règle avec le barillet de vitesse a pu faire grincer des dents : pour ma part, je retrouve des réflexes de mes premiers appareils argentiques et ça ne me dérange pas, d’autant qu’il existe un mode ISO automatique qui n’existait pas alors. Un nouveau joystick permet de choisir le curseur sur lequel faire la mise au point, et il est diablement efficace. On retrouve les touches paramétrables (menu Q, touche Fn), le correcteur dioptrique, et des prises USB, HDMI et jack 2,5 (qui servent à brancher télécommande, moniteur ou micro externe). La peinture a l’air plus solide que sur le XPro1 (en tous cas, aucune rayure en 6 mois d’utilisation intensive).

Dans mon sac, le XPro2 a naturellement pris la place de son aîné, avec un 18mm, un 35mm et, en alternance et selon les commandes, un 50mm Minolta Rokkor MC sur bague d’adaptation, un 135mm 1 :3,5 Minolta MD sur bague aussi, ou un 12mm 1:2,8 de 7Artisans (je reviendrai sur ces derniers objectifs dans des articles dédiés).

Le XT-20 est presque pareil sur toute la fiche technique. Sans viseur optique, mais avec un viseur (et son œilleton) au centre du boîtier. L’écran arrière est inclinable (et je dois avouer que c’est rudement pratique), la carte SD (une seule) reste au niveau de la batterie (et c’est parfois pénible quand l’appareil est sur pied), et il n’y a pas de joystick de sélection de curseur de mise au point, mais un mode auto bien pratique quand on doit confier l’appareil à un ami « qui n’y connait rien », avec même un petit flash d’appoint.

Le gros avantage de ce XT-20, c’est bien sûr sa visée « comme un réflex ». Parce que j’ai beau essayer et essayer encore, faire des cadrages verticaux avec le XPro2, ça se fait, mais c’est pénible : l’appareil n’est pas équilibré en main (la main qui tient l’objectif est au-dessus des yeux), tout est trop haut, ou trop bas si on inverse l’appareil (qui vient alors gentiment écraser le nez). Donc, on y arrive quand on a quelques images à faire lors d’un reportage. Mais toute une commande, cas typique des portraits par exemple, c’est usant. Alors que cette prise en main sur un XT-20 se fait plus naturellement, comme avec un reflex, vraiment. En beaucoup plus petit. Et plus léger. Si le second est bien sûr l’avantage qui m’a convaincu, je conçois que le premier puisse être un problème pour les grosses paluches.

Pour être tout à fait sincère, j’ai été très surpris au déballage : je ne m’attendais pas du tout à ce que XT-20 soit aussi petit. Après deux voyages à l’autre bout de la France avec ces appareils et des flashes à la place de mon Eos 5D MkII, j’ai été conquis par le poids et l’encombrement minimum de mon sac à dos photo.

Le XT-20 étant destiné plutôt à une clientèle d’amateurs, il était livré avec un zoom 15-50 mm dont je dois bien avouer que c’est une véritable catastrophe. Autant économiser pour investir dans une focale fixe (18mm, 23mm ou 35mm), voire dans un vieil objectif manuel trouvé sur le marché de l’occasion avec une bague de conversion (mais on perd l’autofocus). J’aurai l’occasion d’en reparler, mais la mise au point manuelle sur le XT-20 comme sur le XPro2 est grandement facilitée par les outils disponible (« peaking » ou la petite fenêtre à 100 % dans le viseur optique du XPro2).

En ce qui me concerne, puisque je cherche à continuer à voyager léger, si le XPro2 ne me quitte pas, le XT-20 ne le rejoint dans mon sac que quand je sais avoir besoin d’un second boitier (vidéo, besoin de plusieurs optiques, etc.).

Avec ces deux boitiers utilisés pour une même série, l’ensemble est très cohérent, ce qui est un peu moins le cas avec seulement l’un des deux et le XPro1.

Les images

La qualité des images va aussi dépendre des optiques montées sur les boitiers. Avec le 15-50mm livré avec le XT-20, on a une impression permanente de « manque de netteté ». Au risque de me répéter, avec des capteurs pareils, il faut vraiment des diamants en guise de cailloux, ou au contraire, des objectifs « typés ».

Tailleur de pierre à Laragne-Montéglin – photo au XT-20

Quelques tests récents sont venus démontrer à quel point les images d’un Leica M étaient toujours meilleures que celles produites par un XPro2. C’est probablement vrai, mais finalement pas très intéressant, à moins de ne faire que de la reproduction technique. Et vu la différence de prix entre les deux, il serait tentant d’espérer au moins que c’est le cas.

J. Cottenceau, chef du choeur Les Offrandes musicales, en concert à la fondation Vasarely, Aix-en-Provence. Photo réalisée avec un XPro2 et un 135mm 1:3,5 Minolta MD sur bague d’adaptation K&F.

Mais qu’attend-on exactement des images que l’on fait ? Que cherche-t-on à dire et à montrer ? Une simple reproduction technique du réel ? Ou bien une vision particulière d’un auteur ?

J’en parlais dans mon billet sur le XPro1, je suis vraiment convaincu qu’on doit choisir l’outil qui s’adaptera au sujet que l’on veut traiter et à la manière dont on voudra l’aborder. Cela demande parfois de la recherche et des essais, mais cela ne fait-il pas partie du regard d’auteur ou d’artiste que l’on cherche à affirmer ?

En ce qui me concerne, et ça reste très personnel, le XPro2 est vraiment un boitier coup de cœur, qui me permet d’importuner en toute discrétion et parfois même de susciter des sourires sympathiques grâce à son look un peu rétro. Que ce soit pour des travaux personnels ou des travaux de commande, je peux compter sur lui. Il me rappelle un autre boitier que j’ai adoré, celui qu’on appelait le « Texas Leica » : le Fuji GW 670 III, un moyen-format télémétrique, énorme, entièrement manuel (sans cellule), bruyant, solide, increvable, lourd mais avec une optique de dingue pour des résultats extraordinaires.

Le Xpro2 à droite, et le GW670 III, à gauche (il a un peu vécu …)
XT-20 et XPro2 : pour faire quoi ?

Du reportage assurément. Le XPro2 est vraiment fait pour cela : photo de concert, de reportage ou de document, mais aussi mariage ou portrait.

Chroniques villageoises : l’orage. Photo réalisée avec un XPro2 et un Minolta MC Rokkor 50mm 1:2 sur bague d’adaptation K&F. Série à suivre sur Instagram

Mais aussi du studio : avec un couple de Cactus, une télécommande et un flash, on arrive à des résultats vraiment chouettes.

Les fleurs : photos de studio réalisée avec un XPro2 et un « simple » 35mm 1:2.

De la vidéo, enfin : l’un et l’autre sont plutôt doués pour cela, à condition de soigner la prise de son avec du matériel additionnel (enregistreur numérique, micro externe).

Ne pas faire ?

Je ne les conseillerais pas pour faire de la photo de sports ou de sujets très en mouvements, à cause du viseur numérique qui a ses limites, mais aussi des objectifs disponibles sur le marché.

Pareil pour la photo animalière, bien que sur ce point, il y aurait probablement des photographes prêts à me prouver que j’ai tort (et je les en remercie d’avance).

Leurs avantages
  • Le poids et l’encombrement : de l’appareil, des objectifs … mais aussi du pied parfois nécessaire nous l’appareil : on voyage à nouveau léger.
  • La discrétion.
  • Le prix : pour le XT-20, le XPro2 restant, lui, un peu plus cher.
  • La polyvalence : si, si, quand même.
Leurs inconvénients
  • La taille, du XT-20 en particulier.
  • La philosophie Fuji-X : on aime ou pas.
  • Le prix (du XPro2 et des objectifs merveilleux de Fuji).
Thomas