La photo au XPro1

La photo au XPro1

Je ne suis pas un grand fan de ces tests très techniques qui sont parfois plus du registre de l’ingénieur-se-faisant-plaisir que du photographe qui recherche un nouvel outil. Mais partager mon expérience avec un outil particulier, est probablement plus utile : peut-être que cela suscitera des échanges ou servira de conseil à un autre dans le choix, ou le non-choix, d’un équipement.

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L’une des faiblesses du Xpro1 est la fragilité du capot qui se raye et marque facilement (rayures, patine, bosses). J’ai fini par le couvrir de gaffer, à l’ancienne.

Le nombre de pixels, la dynamique, la prise en main, les modes, tout cela a son importance, certes, mais rien ne vaut une utilisation loin des labos pour confronter un appareil à la prise en main que peut en faire son utilisateur. Parce que oui, il faut le rappeler souvent, un appareil photo est un outil de fabrication d’images.

A titre de comparaison, un sécateur et une tronçonneuse sont deux outils de coupe, on ne fait tout de même pas la même chose avec chacun d’eux.

Ainsi, on ne produit pas les mêmes images avec un reflex numérique ou avec une chambre 4*5″. Et les Leica M n’auraient pas connu un tel succès s’ils n’avaient pas été aussi maniables et discrets.

Le Fuji XPro 1 a aussi toute ces qualités. Il me rappelle un appareil qui m’a beaucoup fait rêver il y a plus de vingt ans quand je commençais juste à pratiquer la photographie : l’Hexar, fabriqué par Konica. Quelques années plus tard, j’ai réussi à m’en payer un d’occasion (je l’ai toujours) et j’ai vraiment réalisé pourquoi j’avais tant rêvé de cet appareil : un objectif lumineux et exceptionnel, un silence de déclenchement comparables aux Leicas, une prise en main facile (je ne suis pas très grand, et avec un reflex dans les mains, la comparaison avec un gamin qui aurait piqué un jouet d’adulte devient très vite évidente), et un design efficace (c’est à dire que tout tombe sous la main de manière logique). Certes, beaucoup y ont vu des défauts : boutons trop petits, visée pas pensée pour les gauchers, objectifs fixe, etc. C’est pour cela qu’il n’y a pas de « bons outils » ; il y a juste des outils qui correspondent bien à un ouvrier et à l’utilisation qu’il souhaite en faire.

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Lure, au Leica M3

Dans ma longue liste de matériel acquis ou essayé, le XPro1 fait suite à un Leica M3 qui m’a accompagné quelques mois. J’ai commencé ma carrière au moment où le numérique apparaissait ; l’argentique, les films, les développements, le scan, tout ça ne me fait pas peur.  Il faut néanmoins reconnaître que le numérique a hissé nos exigences en matière de netteté ou de granulométrie à un niveau stratosphérique. Ainsi, difficile de se contenter de la netteté d’un négatif scanné, même très soigné dans son développement et son traitement. J’ai fait beaucoup de chouettes photos avec, mais la difficulté que j’avais à faire développer mes films a eu raison de mon amour pour ce boitier. Il a fini par repartir vers un photographe qui saurait, mieux que moi, exploiter son potentiel.

Et le Xpro1 est arrivé ; d’abord chaussé de mon vieux Summicron 50 mm avec une bague d’adaptation, ce qui n’est pas le cadeau le plus approprié pour qu’il montre ce qu’il sait faire. Puis avec son Fujinon 18 mm F:2. Et enfin, depuis quelques mois, le Fujinon 35 mm F:2.

Et au fur et à mesure, avec les mises à jour du firmware. Alors certes, l’autofocus patine encore de temps à autre ; mais en trois ans, entre les mises à jour et le soin apporté à l’autofocus des derniers objectifs, que de progrès. Et si cela ne suffit pas, la mise au point manuelle, bien utilisée, est redoutable.

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Scène de marché de nuit à Chang Raï, Thaïlande.

Efficace. Je crois que cela résume tout.

En reportage, il se fait discret. En photo de voyages, il est léger, passe-partout et personne ne le remarque. Les deux objectifs satisfont 85 % de mes besoins (le Summicron, plus lourd, reste de plus en plus à la maison). Les résultats en basse lumière sont incroyables, et je sais que depuis, beaucoup d’appareils font beaucoup mieux, mais je reste sur une échelle de valeur où les films couleurs les plus efficaces pour photographier en basse lumière atteignaient 1600 ISO. Les photos sont nettes, détaillées ; j’ai assez de pixels pour me permettre un léger recadrage en cas de besoin.

Le viseur optique/numérique est incroyablement pratique, et la visée par l’écran m’est devenue indispensable pour varier les points de vue. Et un Xpro1 tenu à bout de bras, c’est pas tout à fait la même chose qu’un 5D et son zoom tenus à bout de bras, avouons le.

Je n’ai pas poussé le vice jusqu’à m’équiper en flash Fuji. Mes Cactus me permettent de piloter des petits flashs sans fil (mais sans TTL) : avec des parapluies, c’est parfait pour des séances de portrait, voire des tests modèles, même si ce n’est pas sa vocation première.

Le fait est qu’après une période d’adaptation, j’ai retrouvé les réflexes que j’avais acquis avec l’Hexar et le Leica : une photographie qui va à l’essentiel avec un appareil à la fois discret et terriblement présent. Il ne me quitte plus. En attendant de lui adjoindre un XPro2 peut-être ?