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Le recyclage en matos photo : utiliser une bague de conversion

L’été est là et, dans beaucoup de village ou de petites villes, c’est la saison des vide-greniers. Parmi les étalages de meubles, matériels, vaisselles que notre société de consommation a pu produire et dont elle ne sait comment se débarrasser, figurent en bonne place le matériel photo des quatre-vingts dernières années. Entre vieux moyen-formats à soufflets percés et réflex de marque exotique à miroir cassé, il est parfois possible de dénicher de vieux objectifs manuels de grande marque pour quelques dizaines d’euros. Et si on a la flemme de flâner sur les vide-greniers, on peut trouver les mêmes dans les magasins d’occasion photo ou sur le net.

Faute de monture universelle, ces vieux objectifs étaient, jusqu’à récemment, cantonnés à une utilisation avec les réflex argentiques de la même monture. Et puis sont apparues les bagues de conversion, outils de bricoleurs géniaux profitant de l’amélioration des outils de mise au point manuelle sur les boitiers numériques à visée électronique. Parce qu’il faut bien l’avouer, même si elles existent pour toutes montures, faire une mise au point manuelle sur le dépoli d’un réflex numérique, c’est parfois sportif. Avec les outils de « peaking », sorte de stigmomètre électronique, il devient possible d’utiliser des objectifs à mise au point manuelle presque aussi facilement qu’avec un autofocus.

J’ai longtemps utilisé un (très) vieux Leica Summicron sur mes XPro avec une bague de conversion Leica-Fuji X. En fermant trop le diaphragme, la visée devient parfois un peu plus difficile (en basse lumière, par exemple), mais il m’a parfois rendu service, malgré son poids. Il donnait aux images un petit côté « vintage » : la fabrication des objectifs et des lentilles a quand même de sacrés progrès en soixante ans.

Il y a deux ou trois ans, une petite valisette de vieux matériel s’est retrouvée dans mes mains, suite au décès de son ancien propriétaire : vieux appareils argentique cassés, un Lubitel de la belle époque (qui a pu remplacer le mien, prêté et jamais rendu), et une série d’objectifs Minolta comme beaucoup d’amateurs en possédait alors : un Rokkor MC 50 mm 1 :2 et un Télé-Rokkor MD 135 mm 1 :3,5. Avec un grand-angle, c’était un peu la « base » des pères de famille qui « faisait de la photographie », grâce à leurs qualités et leurs faibles coûts. J’ai rangé ce matériel, ne sachant trop quoi en faire. Le besoin d’un vrai téléobjectif se faisant ressentir pour des commandes, j’ai exhumé ces objectifs, dans l’optique de les tester pour savoir si elles seraient suffisantes. Il me fallait donc une bague me permettant de les monter sur les Fuji. Après avoir écarté les Metabones en raison de leur coût, je suis tombé sur les bagues K&F Concept. A moins de 30 € la bague, livraison comprise, ce qui correspond à peu près à la valeur des objectifs pré-cités sur le marché de l’occasion, l’expérimentation est peu risquée.

La bague de conversion MD->FX et sa boite.
La bague de conversion MD->FX et sa boite.

Il lui a fallu près de trois semaines pour arriver (la Chine est loin), et, là aussi, boîte sympa, et bague solide, en métal, bien fabriquée et rassurante. Cela m’a permis de savoir enfin ce que valaient ces vieux objectifs Minolta.

XPro2, bague et objectif Minolta
XPro2, bague et objectif Minolta

Verdict ? Assez étonnant. On ne concurrence absolument pas les Fuji ou Leica, en particulier sur la qualité des flous d’arrière-plan. Le 50 mm en particulier (qui devient un 80mm en équivalence 135) se transforme donc en petit télé bien sympathique, pour à peine 20 €. Le 135 mm, lui, nécessite de fermer un peu le diaphragme pour être au top, mais se défend bien.

J. Cottenceau, chef du choeur Les Offrandes musicales, en concert à la fondation Vasarely, Aix-en-Provence. Photo réalisée avec un XPro2 et un 135mm 1:3,5 Minolta MD sur bague d’adaptation K&F.

 

Photo réalisée avec un XPro2 et un Minolta MC Rokkor 50mm 1:2 sur bague d’adaptation K&F.

Bref, la bague K&F Concept, pour quelques euros, permet donc de réutiliser tous ces stocks de vieux matériels (elles existent pour à peu près toutes les montures), ce qui, en ces temps de développement durable et de recyclage, est une bénédiction pour les photographes curieux de mélanges improbables.

Thomas